L. Duranty : La Nouvelle Peinture : à propos du groupe d'artistes qui exposent dans les Galeries Durand-Ruel - 1876

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L. Duranty : La Nouvelle Peinture : à propos du groupe d'artistes qui exposent dans les Galeries Durand-Ruel - 1876

Message  Ulysse92 le Mar 3 Fév 2015 - 17:42

Je me complais en ce moment dans la lecture de Louis Duranty sur La Nouvelle Peinture ; à propos du groupe d'artistes qui exposent dans les Galeries Durand-Ruel - 1876
trouvé dans un blog passionnant (http://www.lespassionsdesandra.com/pages/les-dossiers/marche-de-l-art/paul-durand-ruel.html) qui l'a emprunté à Gallica Bnf

http://www.lespassionsdesandra.com/medias/files/duranty.pdf

Il y a des phrases si vraies sur le décervelage effectué par l'Académie de peinture...


Le texte chez Google Book avec un outil de reconnaissance de caractère qui ne marche pas très bien (pas francisé sans doute alors "l'on" => "Ton"

à lire ici : https://archive.org/stream/lanouvellepeint00firgoog/lanouvellepeint00firgoog_djvu.txt

Ce qui me permet de vous en poster un extrait :

Duranty a écrit:Mais auraient-ils pu être menés beaucoup plus loin
par l'étrange éducation de leur jeunesse, qu'a si bien
décrite un maître de dessin, M. Lecoq de Boisbaudran,
dont le récit simple et exact est plus cruel que toutes
les plaisanteries ; par l'éducation que voici :

« Les jeunes gens qui suivent les concours font tous
leurs efforts, et cela est bien naturel, pour obtenir les
récompenses qui y sont attachées. Malheureusement le
moyen qui leur semble généralement le plus sûr et le
plus facile, c'est d'imiter les ouvrages précédemment
couronnés, que l'on ne manque pas d'exposer avec
honneur et apparat, comme pour les proposer en exem-
pieple et bien montrer la route qui conduit au succès. À-t-
on compris toute la portée de ces incitations, en voyant
le plus grand nombre des concurrents abandonner leurs
propres inspirations pour suivre servilement ces données
recommandées par l'École et consacrées par la réussite. »

« Sauf de très rares exceptions, on n'arrive à la sim-
ple admission au grand concours, c'est-à-dire à l'entrée
en loge, qu'après de longues études dirigées exclusive-
ment vers ce but ; c'est la durée de cette préparation
anti-naturelle qui la rend si dangereuse pour la conser-
vation des qualités originales.
»



_ 8 —

« Les élèves qui s'y al tardentattardent finissent par ressembler
aà certains aspirants bacheliers, plus soucieux du
diplôme que du vrai savoir. »

« Deux épreuves sont exigées pour l'admission en loge :
une esquisse ou composition sur un sujet donné, et une
figure peinte d'après le modèle. La préparation à ces
deux épreuves devient l'unique préoccupation des jeunes
gens. Ils ne veulent point d'autres études que la répéti-
tion journalière de ces esquisses et de ces figures banales,
toujours exécutées dans les dimensions, dans les limites,
de temps et dans le style habituel des concours. »

« Après des années entières consacrées aà de tels exer-
cices, que peut-il rester des qualités les plus précieuses?
Que deviennent la naïveté, la sincérité, le naturel? Les
expositions de l'École des Beaux-Arts ne le disent que
trop.
»

« Parfois, certains concurrents imitent le slvlestyle de leur
maître ou celui de tel artiste célèbre, d'autres cherchent
à s'inspirer d'anciens lauréats de l'École, ceux-ci se
préoccupent des derniers succès du Salon, ceux-là de
quelque œuvre qui les aura vivement impressionnés.
Ces différentes influences peuvent donner à quelques
expositions une variété apparente, mais rien ne ressema ressem-
ble moins à la diversité réelle et au caractère original
des inspirations personnelles. »


Bah ! messieurs, il n'y a pas de quoi ôlreêtre très fiers
de ces points de départ, de cet élevage à la façon d'une
race ovine, de cette éducation après laquelle on peut
vous appeler les Dishley-mérinos de l'art. Cependant ijil



— 9 —

parait que vous étés très dédaigneux des tenta livestentatives d'un
art qui veut s'en prendre à la vie, à la flamme moderne,
dont les entrailles s'émeuvent au spectacle de la réalité
et de l'existence contemporaine.
Vous vous cram-
ponnez aux genoux de Prométhée, aux ailes du Sphynx.

Eh ! savez-vous pourquoi vous le faites ? c'est pour
demander au Sphynx, sarissans vous en douter, le secret de
notre temps, et à Prométhée le feu sacré de l'âge actuel.
Non, vous n'êtes pas si dédaigneux. Vous vous inquiétez
de ce mouvement artistique qui dure déjà depuis long-
temps, qui persévère malgré les obstacles, malgré le peu
de sympathie qu'on lui montre.

Avec tout ce que vous savez, vous voudriez enfin être
un peu vous-mêmes, vous commencez à en avoir
jusqu'à la gorge, de cette momification, de cet écœurant
embaumement de l'esprit
. Vous commencez à regarder
par-dessus le mur, dans le petit jardin
de ceux-ci, soit
pour y jeter des pierres, soit pour voir ce qu'on y fait.

Allons, la tradition est en désarroi, vos efforts pour
la compliquer en témoignent bien assez, et vous sentez
le besoin d'ouvrir ce jour sur la rue dont n'ostn'est point
satisfait votre guide, l'honorable et habile peintre-écri-
vain si courtois, si ironique et si désenchanté dans ses
dires. Vous auriez bien envie, vous aussi, d'entrer dans
la vie.


La tradition est en désarroi, mais elle est la tradition,
et elle représente les anciennes et magnifiques formules
des âges précédents. Vous êtes attachés à la glèbe par
les légitimistes de l'art, ceux d'ici passent pour des



— 10 —

révolutionnaires artistiques. Le combat n'est vraiment
qu'entre eux et vous, et ils n'ont d'estime que pour vous
parmi leurs adversaires. Vous méritez l'affranchisse-
ment. Ils vous l'apporteront. Mais auparavant, p?ut-peut-
être, vous viendra-t-il par les femmes. Par les femmes ?
Pourquoi non.





http://www.delcampe.net/page/item/id,146767002,var,MOUTON-DISHLEY-MERINOSCIRCULE-EN-1912,language,F.html

j'ai encore appris un nouveau mot : Dishley-Mérinos
Dishley :
Mouton de race anglaise sélectionnée à partir d'une espèce de grande taille, à laine grossière (désignée actuellement en Angleterre sous le nom de Leicester).
Les béliers couvraient les jeunes, à des époques fixes, des dishleys croisés de mérinos, superbes avec leur air stupide et doux, leur tête lourde au grand nez arrondi d'homme à passions (Zola, Terre,1887, p. 100).
♦ (Mouton) Dishley-Mérinos. Mouton provenant du croisement de moutons dishleys et de mérinos (cf. Fén. 1970).
http://www.cnrtl.fr/definition/dishley
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Re: L. Duranty : La Nouvelle Peinture : à propos du groupe d'artistes qui exposent dans les Galeries Durand-Ruel - 1876

Message  Ulysse92 le Mer 4 Fév 2015 - 11:20

Duranty reprend les accusations de folie dont les journaux et la foule a traité Durand-Ruel et l'a condamné quasiment à la faillitte. Il a du vendre en douce sans citer son nom, par des intermédiaires toutes les oeuvres de l'école de Barbizon pour s'en sortir. Au nom de Durand-Ruel était attaché celui de folie. Enfin jusqu'à ce que d'autres plumes réagissent comme Duranty...

Duranty a écrit:
Le public est exposé à un malentendu avec plusieurs
des artistes qui mènent le mouvement. Il n'admet guère
et ne comprend que la correction, il veut le fini avant
tout. L'artiste, charmé des délicatesses ou des éclats de



— 33 —

la coloration, du caractère d'un geste, d'un groupement,
s'inquiète beaucoup moins de ce fini, de cette correction,
les seules qualités de ceux qui ne sont point artistes.
Parmi les nouveaux, parmi les nôtres, s'il en était pour
qui l'affranchissement devînt une question un peu trop
simple, et qui trouvassent doux que la beauté de l'art
consistât à peindre sans gêne, sans peine et sans douleur,
il serait fait justice de telles prétentions.

Mais, en général, c'est qu'ils veulent faire sans solen-
nité, gaiement et avec abandon.

D'ailleurs, il importe peu que le public ne comprenne
pas
; il importe davantage que les artistes compren-
nent, et devant eux on peut exposer des esquisses, des
préparations, des dessous, où la pensée, le dessein et le
dessin du peintre s'expriment souvent avec plus de rapi-
dité, plus de concentration, où l'on voit mieux la grâce,
la vigueur, l'observation aiguë et décisive, que dans
l'œuvre élaborée
, car on étonnera bien des gens et
même bien des écoliers en peinture, en leur apprenant
que telles ou telles de ces choses, qu'ils croient n'être
que des barbouillages, recèlent et décèlent au plus haut
degré la grâce, la vigueur, l'observation aiguë et déci-
sive, la sensation délicate et intense.


Laissez faire, laisser passer. Ne voyez-vous pas dans-
ces tentatives le besoin nerveux et irrésistible d'échapper,
au convenu, au banal, au traditionnel, de se retrouver
soi-même
, de courir loin de cette bureaucratie de l'es-
prit
, tout en règlements, qui pèse sur nous en ce
pays, de dégager son front de la calotte de plomb des



u34 —

routines et des rengaines, d'abandonner enfin cette
pâture communeTonl'on tond en troupeaux.

On les a traités de fous ; eh bien ! j'admets qu'ils le
soient, mais le petit doigt d'un extravagant vaut mieux
certes que toute la tête d'un homme banal !

Ils ne sont pas si fous.
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