Levallois et les outils "taille Levallois"

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Levallois et les outils "taille Levallois"

Message  Ulysse92 le Mer 14 Juin 2017 - 16:57


(article en cours de rédaction... soyez patients)


Le "Levalloisien" n'est pas considéré comme une époque préhistorique contrairement à l'acheuléen, au moustérien, solutréen, au magdalénien, etc... qui portent le nom des sites St Acheul, Le Moustier, roche de Solutré, grotte de la Madeleine et qui ont été classés dans des temps différents à la même époque vers 1850.

Le site n'a donc pas caractérisé une époque mais les outils découverts ont caractérisé une technique de taille aisément reconnaissable.

Qui a donc découvert le premier ces outils à Levallois?

C'est M. Reboux comme l'atteste ce fascicule découvert sur Gallica :
Silex taillés associés à des ossements fossiles dans les terrains quaternaires des environs de Paris
par M. Reboux - 1851
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6523492h/f1



M Reboux, (membre de la Société d'anthropologie) écrit en 1851 a écrit:
Depuis plusieurs années, j'étudie avec soin les carrières de sable et de gravier de Paris, surtout celles de Levallois-Perret, Clichy, Bafignolles et Neuilly. Il ne se passe pas de semaine que je ne fasse la tournée complète de ces dernières carrières: j'ai donc pu recueillir de nombreux échantillons et des observations très-précises.

Il m'a passé entre les mains plus de mille silex travaillés qui m'ont permis de reconnaître trois modes très différents de travail, ce sont les silex simplement éclatés (fig. 1), les silex taillés (fig. 2 ) et les silex polis.

Ces silex ne se trouvent pas confondus ensemble pêle-mêle, mais bien régulièrement distribués à des niveaux différents, toujours à peu près dans le même ordre. Les silex éclatés à la base, les taillés dans les couches intermédiaires, et les polis tout à fait à la surface. Je n'ai jamais trouvé de silex taillés avec ceux éclatés, ni de silex polis avec les taillés.
D'après les renseignements qui m'ont obligeamment été fournis par plusieurs savants, j'ai cru pouvoir établir la liste suivante des animaux vivant à Paris, avec l'homme, à l'époque où se déposaient les graviers :
- Trois espèces d'éléphant : Elephas antiquus, Elephas primigenius ou mammouth et Elephas melitensis;
- Trois espèces de rhinocéros : Rhinocéros tichorhinns, Rhinocéros Merkii et Rhinoceros hemilhechus;
- Un hippopotame, probablement l'amphibie;
- Le porc ou sanglier;
- Deux espèces de cheval ;
- Trois espèces de cerf, plus le renne et un daim ;
- Trois espèces de bœuf et deux ruminants de moyenne taille non déterminés;
- Un rongeur du genre castor et un grand carnassier.
La plus grande partie dé ces animaux a été trouvée dans Paris ou aux portes, principalement entre la grande avenue de Neuilly et l'avenue de Clichy, associés à une très-grande quantité de silex éclatés, taillés ou polis.

Fig 1
Silex éclaté, des sablières de Levallois, cédé par M. Reboux au Musée de Saint-Germain Grand. nat.
Ces silex affectent des formes très-variées : il y en avait pour tous les usages de la vie.
Leur abondance sur ce point et leur association avec des matrices ou nucléus me font croire que ces silex ont été taillés sur place.

Fig 2
Silex taillé, carrières de Levallois, collection Reboux. Grand, nat.
On peut donc supposer, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il existait, dans ces temps reculés, une bourgade ou station humaine sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la portion des fortifications de Paris qui va du sud-ouest au nord-est et qui limite le Perret-Vallois. (sic)1
Dans beaucoup de localités de Paris on trouve les mêmes espèces d'animaux. Mais les œuvres de l'homme ne se rencontrent que dans très-peu d'endroits. D'après M. Belgrand, on n'en a pas recueilli à Montreuil. Je n'en ai pas trouvé à Reuilly ni à Vaugirard.

A Grenelle, que j'explorais avant d'avoir l'avantage de connaître M. Martin, je n'ai jamais trouvé aucun silex travaillé dans les carrières les plus éloignées de la Seine.
De cette distribution des silex travaillés je conclus que les peuples primitifs n'habitaient que les bords des fleuves.
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(1)le Perret-Vallois !!! C'est Levallois-Perret car c'est M. Levallois qui a loti le champ Perret pour déplacer les marchands de vin comme lui, les charrons et les loueurs de fiacre chassés par la destruction des anciens ilôts percés par les boulevards qu'Haussmann traçait à travers la ville. Il a fait paver toutes les routes perpendiculaires à la Seine avec les ancien pavés rectangulaires du XVII ou XVIIIe siècle que Haussmann arrachait pour mettre le petit pavé carré actuel, car il y circulait d'énormes chariots de sable et de matériaux de construction pour les travaux d'Haussmann. La ville a ensuite demandée son indépendance vis à vis de Clichy, M Levallois ayant réservé un emplacement pour une mairie et une église, et la ville a été nommée Levallois-Perret.



Ensuite j'ai donc recherché Belgrand et trouvé ceci :!

La Seine : le bassin parisien aux âges antéhistoriques. Texte / par E. Belgrand,... - 1883
La Seine : le bassin parisien aux âges antéhistoriques. Planches / par E. Belgrand,... - 1883


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f1

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f361 => http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f365 => http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f374
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f21

Belgrand, Eugène (1810-1878) a écrit: Extrait de "La Seine : le bassin parisien aux âges antéhistoriques - 1883"
partie NOTICE
pages 236 à 244
SUR L'ALLUVIONNEMENT DE LA SEINE AUX AGES ANTEHISTORIQUES
. . .
Ces six propositions vont me permettre de formuler rigoureusement les lois de l'alluvionnement.

Si des graviers déplacés par le courant entrent dans un tourbillon, ils continuent à être entraînés tant qu'ils sont sur le bord rapide, mais ils tendent à tomber au fond de l'eau quand ils sont sur le bord tranquille, surtout au point D, où la vitesse est un minimum. Le bord tranquille est aussi le bord de l'alluvionnement.

Considérons d'abord un cours d'eau coulant dans un lit rectiligne et à section régulière, et négligeons les tourbillons produits par les obstacles existant dans le lit. La vitesse étant généralement moindre sur les bords qu'au milieu, il y a frottement latéral, et l'eau est entraînée du milieu du lit vers les bords, et des bords vers le milieu du lit. Ce mouvement tournant s'établit dans le sens de la marche des aiguilles d'une montre vers la rive droite, et en sens inverse vers la rive gauche. Le bord rapide des tourbillons est toujours du côté du large; le bord tranquille ou de l'alluvionnement, du côté des rives. Dans les grandes rivières, ce mouvement n'est pas très sensible, et un corps flottant peut descendre au fil de l'eau pendant longtemps en se rapprochant insensiblement d'une des rives.

Le lit est trop large si, dans les plus grandes crues, la vitesse au point D (fig. h) ne peut soutenir les matières transportées par l'eau : alors le cours d'eau rétrécit son lit en déposant des alluvions au pied des berges; la vitesse au point D diminuant au fur et à mesure que le lit se remplit, l'alluvion devient de plus en plus fine jusqu'à ce qu'elle atteigne le niveau des rives; c'est alors que se déposent ces alluvions limoneuses, ces sables gras qui se couvrent immédiatement de végétation et dont il a été souvent question (23).

La largeur du lit, au contraire, est insuffisante lorsque la vitesse au point D est assez grande pour attaquer les rives.

Alors le cours d'eau travaille à diminuer sa vitesse en diminuant sa pente, c'est-à-dire en allongeant son lit. Il corrode la rive la moins résistante et le fond du lit du même côté; le courant se porte tout entier sur cette rive profonde; l'affouillement de la berge rectiligne forme le commencement d'une courbe; le courant réfléchi vers la rive opposée y trouve des eaux plus tranquilles et le mouvement tournant s'établit; les matériaux provenant de l'affouillement sont emportés par ce tourbillon et se déposent dès que la vitesse sur le bord tranquille est assez réduite pour qu'ils ne soient plus entraînés; la convexité de la courbe est dessinée par cette alluvion; le lit cesse d'être rectiligne; la sinuosité se prononce déplus en plus, jusqu'à ce que l'allongement du lit réduise suffisamment la pente et qu'il y ait équilibre entre la force d'érosion de l'eau et la résistance de la rive concave. Dans ce sinus, la partie profonde de l'eau est toujours le long de la rive concave qui tend à se corroder; la rive convexe, au contraire, tend à s'alluvionner : c'est la démonstration rigoureuse de la loi que je me suis contenté de formuler (21).

Il arrive souvent, dans les grands cours d'eau, que le mouvement tournant n'ait pas la vitesse suffisante pour transporter jusqu'à la rive convexe les matières détachées de la rive concave. Lorsque la vitesse au point D du bord tranquille du tourbillon n'est plus suffisante pour les entraîner, elles tombent au fond de l'eau et forment des bancs qui diminuent la section du lit, et, par conséquent, augmentent la puissance d'érosion du courant dans la rive concave. Si c'est en pleine crue que ces bancs se déposent, ils ne tardent pas à s'élever au-dessus de l'eau et à former des îles. Si c'est en crue décroissante, ils peuvent être emportés à la crue suivante par affouillement. C'est ainsi que, dans les eaux décroissantes, il se forme toujours au sommet de la rive convexe des tournants un cap allongé d'alluvion sableuse. Dans la basse Seine, les mariniers donnent le nom de Trémate à ce cap qui, enlevé par les dragueurs dans l'intervalle de deux crues ou par la crue suivante, se reproduit invariablement dans les eaux décroissantes. Lorsque ces sinus se développent dans une plaine ou au fond d'une large vallée rectiligne, les courbes creusées par les courants, les îles, les alluvions formant convexité, peuvent être effacées et emportées souvent par une seule crue extraordinaire, et les concavités des courbes être déplacées d'une rive à l'autre : cela se conçoit sans peine; on dit alors que le cours d'eau divague. Mais il n'en est plus ainsi lorsque la vallée elle-même est courbe; alors la force de l'eau se porte toujours vers le coteau concave ABC, et le lit tend à se creuser de ce côté; les tourbillons se réfléchissent vers la rive opposée à l'aval du coteau convexe EIKH; leur bord tranquille D est toujours tourné vers cette rive qui tend à s'alluvionner. En basses eaux, la rivière se tient dans la partie profonde du lit le long de la rive concave ABC; le lit se relève en pente douce depuis cette rive jusqu'à la rive convexe EIKH; souvent même une partie de cette plage d'alluvion reste à sec. Il en est de même si, par l'effet d'une dérivation ou une autre cause quelconque, la grandeur du cours d'eau diminue; alors la partie abandonnée du lit se trouve toujours sur la rive convexe. Si deux courbes de la vallée se succèdent en sens inverse, le cours d'eau rétréci traverse, d'un sinus à l'autre, la partie abandonnée du lit pour rester collé contre la rive concave H B' C de la seconde courbe.

Toute anse ou échancrure des rives, tout élargissement P et Q du lit (fig. 5), donnent lieu à des tourbillons, comme l'a démontré Venturi. Ces tourbillons s'établissent le long des lignes des eaux tranquilles LO, L'O'; leur bord d'alluvionnement D est tourné vers les rives, et les graviers sont transportés dans les anses P et Q. Si la largeur du lit est normale en M, c'est à-dire si, en ce point, les rives ne se corrodent ni ne s'alluvionnent, la vitesse de l'eau, sur le bord tranquille D des tourbillons qui s'établiront en P et en Q, sera insuffisante pour entraîner les matières charriées par l'eau, et les deux anses P et Q se rempliront d'alluvion.



Lorsqu'une rivière N débouche dans une autre rivière M (fig. 6), et que la force du courant est assez grande pour repousser la masse de l'eau ver la rive A B, l'eau reste relativement calme à l'amont et à l'aval du confluent en fgh et ikl. Il s'y établit donc des tourbillons dont le bord tranquille D est tourné vers la rive CE, et, par suite, il s'y forme un dépôt d'alluvion, même lorsque la vitesse des deux cours d'eau est très grande. L'alluvion fgh provient toujours du cours d'eau M ; l'alluvion ikl des deux cours d eau. On voit un exemple très curieux d'un alluvionnement de ce genre au confluent des canaux de fuite de l'usine que la ville de Paris possède à Joinville-lePont. Quoique la vitesse de l'eau soit très grande dans ces deux canaux, il s'est formé à l'amont et à l'aval du confluent une alluvion entièrement limoneuse. L'existence de ce dépôt serait inexplicable, dans des eaux aussi violentes, sans l'action des tourbillons. Je ferai voir dans la note suivante que les dépôts de ce genre que l'on remarque au confluent des vallées des terrains jurassiques de la Bourgogne sont une des preuves les plus fortes de la violence du phénomène qui a creusé ces vallées.

Si, au contraire, le cours d'eau N est relativement faible et le cours d'eau M considérable, l'eau de N est refoulée vers l'amont surtout en temps de crue, la vitesse devient presque nulle dans ce lit secondaire, les tourbillons y pénètrent comme dans une anse, et le débouché se tapisse d'alluvions provenant des deux rivières; la plus petite se fraye en basses eaux un lit irrégulier à travers ces alluvions. C'est ainsi que, dans l'âge de pierre, les débouchés de l'Orge, de la Bièvre et de la Vaucouleurs, se sont tapissés de limons à l'époque des hauts niveaux. Ces dépôts se sont formés tantôt sur le coteau de la rive droite, tantôt sur celui de la rive gauche, suivant que le faible courant du ruisseau se portait à droite ou à gauche.

L'exposé qui précède est 1a démonstration rigoureuse de la théorie de l'alluvionnement pendant l'âge de pierre, que je me suis borné à exposer (21, 22, 23).



La figure 5 est une grossière reproduction du tracé du lit de la Seine dans la traversée et à l'aval de Paris à l'époque des bas niveaux, tel qu'il est figuré sur la planche n° 3. Nous avons la certitude que le fleuve a abaissé son lit, puisque les anciennes berges sont de 7 à 8 mètres plus élevées que les berges du fleuve moderne ; nous avons donc aussi la certitude que les matériaux provenant de cet affouillement ont été entraînés par les tourbillons dans la petite anse Q du Luxembourg et de la place Saint-Sulpice sur la rive gauche, dans l'anse P de Paris sur la rive droite, sur la rive convexe EIKH du tournant du Champ de Mars et de la plaine de Grenelle et sur la rive convexe ETK'H' du tournant du bois de Boulogne, de Levallois et de Clichy : le lit devenu inutile a été rempli, et les anciens graviers de fond ont été recouverts d'alluvion.

C'était également en ces points d'alluvionnement que les corps flottants, notamment les cadavres des animaux noyés et les coquilles terrestres charriés par l'eau, venaient tournoyer et atterrir. C'était sur les pentes douces de ces plages d'alluvion que s'établissaient les abreuvoirs naturels des animaux de l'âge de pierre, et que ces animaux se noyaient quand, poussés par la soif, ils se précipitaient tumultueusement vers le fleuve, comme le font encore les herbivores de l'Amérique méridionale.

La pente douce de ces plages de gravier était certainement accessible en temps de basses eaux, comme le sont encore les graviers des cours d'eau modernes du côté où se portent les alluvions, et les hommes de l'âge de pierre y descendaient pour y tailler leurs grossiers outils que nous y recueillons en abondance. Les coquilles fluviatiles pouvaient vivre dans ces cours tranquilles; puis ces ossements, ces coquilles fluviatiles et terrestres, ces silex taillés, ont été recouverts par l'alluvion comme les graviers de fond, lorsque le fleuve a abaissé et rétréci son lit en remplissant les parties devenues inutiles. Le petit cours d'eau rétréci est resté collé contre la rive concave BCF de Chaillot; il traverse en E'A', entre Billancourt et Meudon, le lit abandonné, pour aller se coller contre la rive concave A'B'C' de Sèvres, Saint-Cloud, Courbevoie. Cette démonstration est rigoureusement exacte, et s'applique aussi bien à l'un quelconque des vingt-sept tournants qui existent entre Fontainebleau et Rouen qu'aux tournants de Paris.

Il est démontré par la présence de ces coquilles fluviales et terrestres, de ces silex taillés et non roulés, qu'on trouve en si grande abondance dans les couches inférieures des sablières, restes des lits abandonnés, que les graviers de fond ont été remaniés non par le courant passager d'un déluge, mais par des cours d'eau permanents, puisque ces objets prouvent que la vie persistait pendant ce remaniaient. Je compléterai cette démonstration en faisant voir que les silex taillés ne portent aucune trace de roulure.

La planche ci-contre représente des silex taillés recueillis par M. Reboux dans les graviers de Levallois-Clichy


Le n° 1 représente un éclat détaché d'un nucléus et portant encore la croûte blanchâtre qui recouvrait tout le silex.

Le n° 2 représente un éclat du même genre vu en dessous avec le bulbe de percussion. M. Reboux a trouvé un très grand nombre de ces éclats qui, très probablement, étaient détachés du caillou sans but spécial, uniquement pour préparer le nucléus.

Les n° 3 et 4 sont, au contraire, des outils taillés et finis : l'un, le n° 3, est vu du côté taillé; l'autre, le numéro k, est vu du côté du bulbe de percussion.

Le n° 5 n'est autre chose, probablement, qu'un nucléus dont on a détaché un grand nombre de petits éclats pour en faire des ustensiles de formes variées. Les nombreuses petites facettes de ce nucléus portent en creux la forme du bulbe de percussion de ces éclats détachés.

Cette planche a été dessinée et gravée d'après nature par le soleil et sans aucune retouche ; c'est un procès-verbal qui prouve que ces pierres n'ont pas été roulées ; leurs arêtes sont aussi vives et aussi nettes que si elles sortaient de la main de l'ouvrier. Par conséquent, elles ont été apportées à l'endroit où elles ont été trouvées, non par un courant diluvien, ni même par un cours d'eau, mais par l'homme, et l'on ne comprendrait guère comment elles se trouveraient en si grand nombre dans les graviers de fond de Clichy, si ces graviers n'étaient d'anciens ateliers de fabrication (23, 37, 58, 81).

Voilà donc un fait bien établi : les graviers du fond des sablières ont été remaniés par des cours d'eau et non par des déluges, et, par conséquent, les ossements qu'ils renferment y ont également été enfouis par ces cours d'eau.

Je ne crois pas qu'il soit possible de soutenir que la partie supérieure des sablières, l'alluvion dépourvue de silex taillés, ait été apportée par des courants diluviens. D'après la théorie de l'alluvionnement que je viens de développer, cette supposition n'est plus nécessaire.



La disposition des sablières justifie ce qui vient d'être dit. Les quatre coupes qui suivent ont été relevées dans l'ancien lit de la Seine à Levallois-Clichy; elles ont été photographiées, puis gravées par le soleil.


planche 10

La planche n° 10 représente la coupe d'une partie de la sablière Jumentier, 182, route de la Révolte. La zone ABCD de gravier de fond paraît, au premier abord, avoir été transportée par un courant très violent; elle est composée principalement de cailloux assez volumineux. On voit même dans la masse des blocs considérables a, a, a, a, qui nécessairement ont parcouru le même trajet que les cailloux.

Mais un examen plus attentif fait reconnaître que cette violence n'a pas été de longue durée; ces blocs sont composés de limon presque plastique, qui n'a pu voyager bien loin avec des cailloux; ils proviennent, en effet, d'un banc qui a été disloqué à peu de distance et qu'on voit encore en place dans le reste de la sablière.

La zone du gravier a été simplement soulevée et déplacée en masse avec les bancs de limon par le passage du bord rapide d'un tourbillon, à une époque de régime violent. La plus grande partie des matériaux fins a été emportée, puis la masse est retombée en place ; mais le banc de limon s'est trouvé brisé. Plus tard, le régime du fleuve est redevenu permanent et tranquille, car au-dessus de cette zone il s'est formé une nouvelle couche de limon, puis des zones de matériaux de plus en plus fins, de sablon EF d'abord, de sable gras GH ensuite, et enfin le limon i des débordements.

Les cailloux de la zone ABCD sont très peu roulés, ce qui prouve qu'ils n'ont voyagé ni longtemps, ni souvent. Les petits graviers entremêlés sont, au contraire, très roulés; en temps ordinaire et pendant les permanences de régime, le fleuve transportait donc ce petit gravier et laissait les gros cailloux immobiles. C'était seulement dans les temps de violence, lorsque le fleuve abaissait son lit, qu'il avait la puissance de remanier les alluvions volumineuses même dans les anses et sur la convexité des tournants, pêle-mêle avec le petit gravier roulé et le sable. C'est donc avec raison que j'ai pu calculer le débit des crues (43) en admettant qu'en temps ordinaire le fleuve, dans ses plus grandes crues, ne déplaçait que du sable ou du petit gravier.


planche 11

On trouve de fréquents exemples d'affouillements dans les sablières de Levallois-Clichy. Ainsi le tourbillon qui transportait les graviers de la base de la zone AB a affouillé la zone C (planche 11); puis, ce moment de violence passé, le régime permanent s'est rétabli, une couche de limon a recouvert la zone AB; au-dessus se sont déposées des couches successives de sable fin, de gravier, de limon, puis les sables gras GH, puis le limon rouge ii des débordements.


planche 12

Un affouillement plus marqué encore se remarque sur la planche 12; on ne voit qu'un côté ABC de l'entonnoir qui s'est formé au passage du bord rapide d'un tourbillon dans les zones DEE. L'étendue de la planche n'a pas permis d'y comprendre l'autre côté; mais on voit que l'excavation a été remplie par une masse de sable limoneux ; puis, le fleuve étant devenu tranquille, une couche de sable fin a recouvert le tout; au-dessus s'élèvent des zones variées de sable et de limon, puis les sables gras GH, puis le limon ii des débordements.


planche 13

Si les alluvions ont été transportées par les tourbillons qui existaient nécessairement à chaque tournant de la vallée, elles doivent être de plus en plus fines à mesure qu'on s'éloigne du sommet I' (fig. b) de la courbe, le diamètre des cercles des tourbillons s'élargit beaucoup en effet, à mesure qu'on s'éloigne de leur origine; leur vitesse diminue en même temps que leur puissance de transport : c'est ce qu'on vérifie très bien à Levallois-Clichy. Vers l'avenue de Clichy, au point H', près de l'extrémité de ce grand dépôt dû au tournant du bois de Boulogne, l'alluvion ne se compose plus que de sable; le gravier manque complètement. Le même fait se remarque à la sablière n° 37, la plus voisine de la porte de Clichy (planche n° 3). La planche 13 a été faite clans une de ces alluvions dépourvue de gravier. Elle est encore intéressante, parce qu'elle fait voir que les sables fins voyagent bien par rides, comme l'a dit Dubuat : une seule crue peut en transporter de grandes masses. Ainsi la plus grande partie du sable figuré sur cette coupe a certainement été transportée dans une seule crue. Les rides qui rayent toute cette figure ne laissent aucun doute sur ce point. C'est ce que j'avais déjà cherché à prouver en discutant le diagramme n° 34 (73).

Si l'on examine les dispositions d'ensemble de ces quatre coupes, on voit qu'elles se terminent par les zones de plus en plus fines et régulières, d'abord par des sables, puis par le sable gras, puis par la couche de limon rouge.

Peut-on dire que ces zones de terrain de transport si tranquillement déposées sont le produit de la queue d'un déluge? Cela n'est pas possible; je viens de démontrer que des cours d'eau permanents ont seuls agi sur les parties basses et moyennes des sablières, et qu'aucune action diluvienne n'a laissé de traces sur ces graviers de fond. Le déluge final n'aurait donc remanié que le dessus des sablières; ce qui paraît d'autant plus inadmissible que ces zones supérieures, d'après les coupes qui précèdent, ont certainement été déposées dans des eaux plus tranquilles que les zones inférieures; le courant diluvien aurait donc été moins puissant que le courant d'une crue ordinaire du fleuve : ce qui est inadmissible.

En réalité, il n'y a eu, pendant l'époque quaternaire, qu'un seul déluge qui a jeté dans les vallées la masse des terrains de transport; puis de grands cours d'eau ont remanié ces graviers jusqu'à l'époque des tourbes.

Quelques géologues attachent une grande importance à la plus ou moins grande proportion des fragments de telle ou telle roche dans un terrain de transport; ils font des terrains différents, par exemple, de ceux qui contiennent des proportions très différentes de silex de la craie, de meulière ou de calcaire grossier. Les coupes qui précèdent prouvent que les graviers d'un même lit de la vieille Seine n'ont aucune homogénéité dans des coupes relevées à quelques mètres de distance les unes des autres.

La différence de composition des graviers n'aurait quelque importance qu'autant qu'ils renfermeraient des débris de roches étrangères à la partie du bassin de la Seine située en amont du dépôt, et dans tout le terrain de transport il n'y a qu'un seul élément étranger au bassin : c'est le peroxyde de manganèse.

Néanmoins, pour me conformer à l'usage, je donne ci-dessous la liste des roches dont on trouve le plus habituellement les débris dans les sablières des environs de Paris. Ces roches ont été recueillies par M. A. Roujou.

LISTE DES DIVERSES ROCHES DES TERRAINS DE TRANSPORT DE LA VALLEE DE LA SEINE, AUX ENVIRONS DE PARIS.

- Pegmatite
- Granit porphyroïde.
- Gneiss.
- Granit à grains fins.
- Granit à gros grains.
- Porphyre quartzifère.
- Eurite (?).
- Porphyre feldspathique noir.
- Leplinile grenatifère.
- Galets de quartz.
- Fragments d'arkose des bords du Morvan.
- Silex pyromaque de la craie.
- Silex en plaquettes du calcaire grossier.
- Silex mènilite du calcaire de Saint-Ouen.
- Silex nectique du calcaire de Saint-Ouen.
- Silex et meulières de la Brie.
- Meulières de Montmorency (?).
- Quartz cristallisé, avec carbonate de chaux également cristallisé et provenant des marnes du calcaire grossier.
- Grès verdâlre, avec coquilles provenant des sables moyens.
- Grès d'un rouge vineux, formation indéterminée (très rare).
- Grès jaunâtre et blanc, de la formation des sables de Fontainebleau.
- Plaquettes de grès ferrugineux d'un brun très foncé (très rare). Cette roche paraît provenir de formations que l'on observe dans plusieurs localités, à Bellevilie, par exemple, à la partie supérieure des sables de Fontainebleau.
- Arragonite. J'en ai vu un morceau dans une sablière de Levallois. M. Lemoine en a déterminé, l'année dernière, un morceau provenant de Montreuil, chez M. Margerie.
- Calcaire très blanc, de texture cristalline et saccharoïde (très rare), formation indéterminée.
- Fragments divers provenant : de la craie, de l'argile plastique, des poudingues de l'argile plastique, du calcaire grossier inférieur, du calcaire grossier moyen, du calcaire grossier supérieur.
- Magnésie, marne magnésienne du calcaire de Saint-Ouen.
- Fragments de gypse.
- Morceau de marne provenant des marnes vertes.
- Nodules avec cristaux de sulfate de strontiane, même origine.
- Fossiles enlevés à des terrains plus anciens que le quaternaire.
- Bois silicifiés.
- Coquilles et zoophytes de la craie. Fossiles du calcaire grossier. Fossiles d'origine indéterminée. Peroxyde de manganèse.


De toutes ces roches qui constituent le terrain de transport des anciens lits de la Seine, une seule, le peroxyde de manganèse, paraît provenir de l'extérieur, peut-être du bassin de la Saône.

M. Buteux (Esquisse géologique du département de la Somme) a constaté, sur plusieurs points du département de la Somme, la présence de roches venues du département de l'Oise et d'assez loin, c'est-à-dire du bassin de la Seine. Ces faits ne démontrent-ils pas l'existence de courants diluviens qui ont passé par-dessus les bassins de la Saône, de la Seine et de la Somme? (Voir la première partie de cet ouvrage.)

Les 4 à 5.000 pierres taillées trouvées par MM. Reboux, Martin, etc., dans les terrains de transport des anciens lits de la Seine, à Paris, sont presque toutes extraites des silex de la craie, qui sont très nombreux dans ces graviers. Plus tard, à l'époque de la pierre polie, lorsque ces vieux lits ont été remblayés par le fleuve lui-même et recouverts par le limon des débordements, on ne trouvait plus sur les bords du fleuve que des silex pyromaques de petites dimensions. Voilà pourquoi les haches polies un peu grandes trouvées à Paris et dans la banlieue ont, pour la plupart, été détachées de blocs de silex tertiaires. Il n'en est point ainsi dans les départements de l'Yonne et de la Somme; presque tous les objets travaillés des âges de la pierre taillée et de la pierre polie sont en silex pyromaque, qui s'y trouve en abondance à la surface du sol.

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Ce qui est très amusant pour nous, c'est que ces scientifiques s'attaquent à la Bible : le Déluge!!! On le retrouve dans l'adjectif "diluvien" du mot latin diluvium qu'on a essayé de faire correspondre à une fine couche de même couleur trouvée un peu partout dans le bassin parisien. Et les arguments contre principaux sont les fossiles extrêmement anciens que l'on trouve de part et d'autre et l'alluvionnement qui est très variable.
Bizarrement les transports de roches sont supposés dus à des courants et non des glaciers.
Et forcément on oublie, pour les haches polies, le commerce humain qui a pu transporter des roches en diorite de Bretagne dans toute la France.

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La partie que j'ai cité est la Notice explicative mais dans la partie antérieure de l'ouvrage on trouve aussi des choses intéressantes :

Belgrand, Eugène (1810-1878) a écrit: Extrait de "La Seine : le bassin parisien aux âges antéhistoriques - 1883"
pages 183 à 194
PREUVES PAR LA PALEONTOLOGIE

76 - Anse du Kremlin
...
Cette sablière, les graviers de l'anse de Montreuil et les limons de la Bièvre, sont, jusqu'ici, les seuls terrains ossifères appartenant aux hauts niveaux de l'ancienne Seine, à Paris et dans la banlieue.

En examinant la planche n° 3, on reconnaît, en effet, que les dispositions des autres restes des lits élevés sont peu favorables au dépôt des corps flottants. Le plateau de la butte aux Cailles et la plaine d'Ivry étaient en plein courant, et d'ailleurs les cadavres qui passaient par-dessus tombaient naturellement dans la Bièvre; le plateau de l'avenue Daumesnil et de la plaine élevée comprise entre Charenton et Saint-Mandé était au milieu du lit; il en était de même des graviers de la dépression de la Villette et de la Chapelle, qui, d'ailleurs, paraissent avoir été emportés presque entièrement dans le travail d'abaissement des lits. Il n'est donc pas étonnant que je n'aie recueilli, dans les nombreuses tranchées ouvertes dans ces terrains, que deux dents de mammouth complètement dépouillées de leur cément (tranchées de l'avenue Daumesnil et de la place de Reuilly), et que les coquilles fluviatiles et terrestres, si communes à Montreuil et dans les limons de la Bièvre, y manquent presque complètement.

Je n'ai trouvé jusqu'ici aucun silex taillé dans les sablières de l'anse .de Montreuil. Est-ce parce que je n'ai pas fait surveiller d'assez près les exploitations? Est-ce parce que cette anse était ouverte dans une île de l'ancien lit et que cette île était déserte (voir la planche n° k)l C'est ce que je ne puis dire.

Mais nous allons trouver des traces du travail de l'homme à une autre station bien connue des géologues.

. . .

77 - Sevran
...
Mais ce qui est très important, c'est que M. Lartet a découvert, sur les ossements décrits par Cuvier, des traces non douteuses faites par des instruments en silex.

"Parmi les os provenant de cette localité, dit notre savant ami, il y en a qui et présentent des entailles profondes avec un plan de section légèrement ondulé et strié, comme s'il eût été produit avec un tranchant flexueux et imparfaitement aiguisé, analogue à celui de certains silex taillés que l'on a recueillis dans le diluvium d'Abbeville"

L'homme existait donc sur les bords de la Seine à l'époque la plus reculée de l'existence de ce fleuve.

. . .
78. Bas niveaux- Anciennes découvertes
Si les gîtes à ossements des hauts niveaux étaient inconnus jusqu'à ces dernières années, il n'en est pas de même de ceux des bas niveaux, qui sont beaucoup plus nombreux, et, il faut insister sur ce point, la disposition contournée du lit du grand fleuve à cette époque de l'âge de pierre était on ne peut plus favorable au dépôt des corps flottants.

On a vu (21 et 22) que les contours du fleuve déterminent à Paris trois points d'alluvionnement favorables au dépôt des corps flottants : le premier, sur la rive droite du fleuve, dans l'anse comprise entre la saillie des coteaux de Bercy et de Chaillot, surtout, à l'abri de cette saillie, vers la petite rue de Reuilly ; le deuxième, à Grenelle, à l'aval de la rive convexe du tournant du Champ de Mars; le troisième, à Levallois-Clichy, à l'aval de la rive convexe du tournant du bois de Boulogne.

Quoique les géologues aient été peu portés à l'étude des terrains de transport avant les découvertes de M. Boucher de Perthes, cependant les ossements sont si nombreux dans les localités que je viens de nommer, que depuis longtemps ils ont attiré l'attention des naturalistes.

Ainsi, dans l'ouvrage de Cuvier (t. IV, p. 456), il est fait mention de la canine du grand felis trouvée en creusant un puits rue d'Hauteville et donnée par M. de Bourrienne au Muséum, où elle est encore aujourd'hui. Cuvier a décrit divers autres ossements, notamment une canine d'hippopotame découverte à Grenelle. M. le comte de Rambuteau a donné au Muséum un humérus de rhinocéros trouvé dans les fouilles de l'Hôtel de Ville.
...
PLAINE DE LEVALLOIS-CLICHY
Dents d'Elephas primigenius et antiquus; hache taillée, forme de Saint-Acheul (M. Ed. Lartet) ; mâchoire inférieure d'Elephas primigenius (M. L. Lartet). Beaucoup d'autres géologues, MM. Blainville, P. Gervais, Collomb, etc., ont décrit des ossements trouvés dans les sablières de Grenelle et de Clichy. Je me borne à mentionner ces découvertes, et je me hâte d'arriver à celles qui ont été faites dans ces dernières années par deux géologues explorateurs très dévoués à la science, MM. Martin et Reboux, qui ont enrichi le Muséum d'une faune complète des mammifères des bas niveaux de Paris.
...
79 - Plaine de Grenelle
M. Martin a fait ses recherches dans les sablières de la plaine de Grenelle. (Voir la planche n° 3.)
Ces ossements ont tous été recueillis dans la partie inférieure des sablières, dans le gravier de fond. Les plus remarquables sont trois canines, une incisive et une molaire d'hippopotame, trois magnifiques molaires d'Elephas antiquus et un bois énorme d'un grand cerf que M. Gaudry croit être le Cervus canadensis. Depuis, M. Martin m'a donné un très beau métacarpien de megaceros, une jambe de cheval comprenant le canon, les phalanges et le sabot.

Il a découvert de nombreux ossements humains dans l'alluvion du dernier grand lit de la Seine, c'est-à-dire à très peu de hauteur au-dessus des eaux actuelles et bien au-dessous du niveau des grandes crues du fleuve moderne; il a aussi recueilli dans la même sablière, exploitée par M. Hélie, des ossements de renne et plusieurs silex taillés.

Ainsi que je l'ai dit plus haut (23, 37, 53, 73), cette alluvion s'est faite très rapidement, là comme ailleurs; ces graviers appartiennent à la dernière phase de l'âge de pierre, au changement de climat qui a fait disparaître les grands cours d'eau.


...
les ossements ont donc été trouvés dans l'alluvion qui a rempli l'excès de largeur de ce vieux lit (37, 53).
...
La sablière Hélie se compose, comme l'indique la coupe, dé zones de cailloux alternant avec des zones de sable. Le caillou est de petite dimension et aussi gros clans les zones supérieures que dans les zones inférieures. C'est un des caractères de l'alluvion du dernier des grands lits dans les sablières de Paris. Les débris de granit du Morvan n'y sont pas rares.

L'alluvion ne s'est pas formée lentement, mais rapidement, comme aujourd'hui dans nos cours d'eau violents, lorsqu'on donne à leurs lits une section trop grande; c'est ce que prouve la découverte de M. Martin. Souvent les diverses parties des ossements se tiennent encore. Ainsi, dans un des crânes, la mâchoire inférieure était encore en place. La partie supérieure d'un des squelettes a été trouvée presque entière la tète en bas; les ossements ont donc été enfouis dans un flot de sable lorsqu'ils se tenaient encore par leurs ligaments.

Il est difficile d'ailleurs d'admettre l'idée d'une sépulture. M. Martin a conduit sur les lieux plusieurs géologues, MM, Lartet, de Quatrefages, Desnoyers, le marquis de Vibraye, Collomb, de Mortillet, etc. J'assistais à cette visite : tout le monde a paru convaincu que ces restes humains avaient bien été transportés sur les lieux par les eaux du fleuve.

Un dernier crâne a été trouvé récemment, et M. Martin a fait constater par procès-verbal, dressé par un des employés de la Ville, qu'il avait été extrait d'un terrain vierge, ne présentant aucune trace de tranchée.

Suivant moi, les graviers de la sablière Hélie remontent à l'époque où le dernier des grands lits de l'âge de pierre s'est remblayé, c'est-à-dire au passage de l'âge de la pierre taillée à l'âge de la pierre polie (54).

En effet, la Seine a toujours serré de fort près les coteaux de Chaillot et de Passy (21). La plaine de Grenelle est la rive convexe d'un tournant. Jamais le fleuve n'a pu remanier les alluvions qui s'y sont déposées, et la carrière Saint-Charles est assez éloignée de la Seine actuelle pour qu'on soit certain que ses graviers ne sont pas d'origine récente. On trouve même aujourd'hui, dans le voisinage du fleuve, des dépôts vaseux qui limitent son action, dans les temps modernes, à une petite distance des rives; ainsi le remblaiement de l'ancien lit, d'après les fouilles des fondations du viaduc d'Auteuil, se serait fait avec de la vase sur une largeur de 100 mètres environ sur la rive droite et de 5o mètres sur la rive gauche.

Tout semble donc indiquer que les graviers de la carrière Hélie n'ont point été remaniés, et qu'ils sont entièrement différents de l'alluvion moderne, qui, dans cette localité, est essentiellement limoneuse.

M. Martin a recueilli dans la carrière Hélie :
- Sept crânes, quatre frontaux et de nombreux ossements humains;
- Silex taillés;
- Ossements de renne.

Il m'a donné différents ossements, et notamment un crâne humain qui, suivant M. le docteur Pruner-Bey, appartenait à une jeune fille adulte. La tête était d'une petitesse extrême, le front très étroit et la partie occipitale très développée. Ce crâne se rapproche beaucoup de la forme de ceux de la race mongole. Une mâchoire provenant d'un autre crâne est assez prognathe.

80 - Levallois Clichy
M. Reboux a fait une très belle collection des ossements et autres objets trouvés dans les sablières des bas niveaux de la rive droite de la Seine, entre Neuilly et Clichy. Il a donné la plus grande partie de ces objets au Muséum et à la ville de Paris.
...
Depuis, M. Reboux a fait de nombreuses découvertes nouvelles; il m'a remis le tableau complet des ossements recueillis par lui dans les carrières1 qu'il a explorées.
(1) Ces sablières sont toutes comprises dans l'ancien lit de la Seine, dont j'ai relevé une coupe transversale en construisant l'égout collecteur de la rue de Courcelles (37, diagr. n° 20).

Ce tableau est très intéressant, et j'ai pu le compléter par les altitudes de la surface supérieure des sables. Je l'insère donc dans cet ouvrage : il comprend non seulement les ossements, mais encore les silex taillés trouvés par M. Reboux.



A ces pièces, il faut en ajouter 7 appartenant à des animaux qu'on trouve rarement dans les graviers. Le grand tigre, le trogontherium, le loup, le sanglier, l'ours, la chèvre et l'âne. Depuis que ce tableau est dressé, M. Reboux a continué ses recherches, et aujourd'hui, d'après les renseignements qu'il me donne, le nombre des objets en silex travaillé recueillis par lui monte à quatre mille, et le nombre d'ossements à trois mille environ. Je laisse à M. Reboux la responsabilité de ses divisions, soit pour les ossements, soit pour les silex; il me paraît difficile par exemple, qu'il ait pu séparer, comme il l'a fait, les ossements de l'urus et ceux de l'aurochs.

Ce tableau fait voir que les ossements sont cantonnés sur certains points, comme je l'ai constaté à Montreuil; M. Martin a remarqué le même fait à Grenelle. Les carrières n° 1, 2, 3, k, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 35, n'ont rien produit, pour ainsi dire. Celles qui portent les nos 29 et 3 i sont très peu riches. Les plus productives sont celles qui sont désignées par les nos 17, 22, 2&; elles ont donné 50, 98 et 81 pièces, tandis que celles qui viennent ensuite, les sablières n 03 16 et 18, n'en ont donné que 35 et 39, et les autres beaucoup moins encore. Rien ne prouve mieux, suivant moi, que les cadavres sont arrivés en flottant pour la plupart (58, 73).

J'ai trouvé à Grenelle et à Levallois la même preuve qu'à Montreuil de la permanence du régime du fleuve ; les pièces intactes s'y trouvent mêlées avec des ossements plus ou moins roulés, plus ou moins détruits par le frottement des sables.

Nous avons constaté, MM. Reboux, Martin et moi, que les restes des éléphants de très grande taille se trouvaient toujours dans le bas du gravier de fond avec ceux des autres mammifères, et que, dans la partie supérieure de ce gravier de fond, on ne rencontrerait plus que des débris d'animaux de moindre volume, tels que petits éléphants, chevaux, boeufs, rennes, cerfs, etc., qui occupent toute la hauteur de la couche à ossements.

On a conclu de là que les éléphants de l'âge de pierre n'existaient plus dans le bassin delà Seine lorsque les autres animaux s'y trouvaient encore en grand nombre. J'ai démontré (58) que cette conclusion n'était pas admissible, et j'ai donné l'explication bien simple du fait. On peut admettre que les animaux se sont noyés sur la place où nous trouvons leurs os, en venant boire aux abreuvoirs naturels que formaient les plages d'alluvions dans les anses et sur la rive convexe des tournants, ou bien que leurs cadavres ont été apportés en flottant aux points des sablières où nous trouvons aujourd'hui leurs débris ; il résulte de là que les plus volumineux ont laissé leurs ossements dans les eaux les plus profondes, c'est à dire dans le fond des sablières, et qu'on ne les retrouve plus dans les zones plus élevées des graviers, où le mouillage n'était plus suffisant pour les tenir à flot.

Parmi les ossements les plus remarquables trouvés par M. Reboux, il faut compter cinquante et une dents d'éléphant, deux cornes de grands boeufs (Bos primigenius) et deux de petits boeufs, trois dents d'hippopotame et plusieurs molaires de rhinocéros Merckii ou etruscus, trois bois de rennes, une dent de trogontherium, un beau cubitus de grand felis, des fragments de bois du cervus Belgrandi, etc.

En résumé, les faunes des hauts et des bas niveaux des graviers de l'ancien fleuve parisien sont presque identiques. Le renne et le rhinocéros tichorhinus n'ont pas été trouvés dans les hauts niveaux de Montreuil, mais la plupart des autres animaux de l'époque quaternaire ont évidemment habité le bassin de la Seine pendant toute la durée de l'âge de la pierre taillée. On trouve même dans toute cette étendue de temps des animaux qu'on considérait comme appartenant à l'époque pliocène, tels que les rhinocéros Merckii et etruscus, le trogontherium, un grand cerf (Cervus Belgrandi) qui se rapproche beaucoup plus des espèces considérées comme pliocènes que des espèces de l'âge de la pierre taillée.

Les silex travaillés manquent jusqu'ici dans les hauts niveaux.

Tous ces restes de l'âge de la pierre taillée sont habituellement déposés dans le fond des carrières, dans ce que j'ai appelé les graviers de fond, qui tapissaient le lit des rivières. Ils sont séparés des restes des époques plus modernes par l'alluvion qui remplissait les lits abandonnés, au fur et à mesure que le fleuve abaissait son niveau ou perdait de son importance. On les trouve surtout dans les anses ou à l'aval de la rive convexe des tournants.(1)

(1) Cet ouvrage était terminé et sous presse lorsqu'un jeune géologue, M. Bertrand, a découvert un squelette humain dans la sablière n° 37, à Batignolles. Le crâne a paru très authentique à M. Lartet. Cette découverte a été faite à 5 mètres environ de profondeur; le dessus de la sablière est à l'altitude 32m,39, qui est supérieure à celle des plus grandes crues de la Seine. Ces restes humains appartiennent donc bien à l'âge de pierre. La sablière a été visitée successivement par MM. Louis Lartet et Collomb, et ensuite par moi, quelques jours après la découverte.

81. Traces de l'industrie humaine.
Silex taillés.
MM. Martin et Reboux ont recueilli un nombre considérable de silex taillés. M. Martin n'a pu me remettre l'état de ces silex, mais les découvertes de M. Reboux sont indiquées au tableau qui précède. La trace du travail humain a paru incontestable, pour un très grand nombre de ces pièces, à MM. de Mortillet, Lartet et beaucoup d'autres.

Les géologues sont loin d'être d'accord sur la manière dont ces silex ont été apportés aux points où on les trouve aujourd'hui. Beaucoup admettent encore qu'ils ont été transportés par l'eau avec les graviers. Cela est plus improbable encore que le transport des ossements. Dans le travail de dispersion des graviers par l'action de l'eau, comment les 4.ooo silex trouvés par M. Reboux auraient-ils été jetés sur une si petite surface? Où aurait été située la fabrique qui aurait livré au fleuve une si grande quantité de débris? Il est certain d'ailleurs que ces pièces ne sont pas roulées; il est donc impossible qu'elles aient été apportées par l'eau.

Les géologues anglais pensent que ces silex ont été perdus par des pêcheurs en brisant la glace pendant l'hiver. Il a pu en effet se perdre quelques outils de cette manière, mais c'est évidemment le plus petit nombre. J'ai donné (59) la seule explication qui me paraisse admissible. On sait qu'en temps de basses eaux le fond des rivières se découvre habituellement du côté où elles alluvionnent ; des plages plus ou moins larges de graviers s'offraient alors à nos sauvages ancêtres, qui ne trouvaient nulle part des carrières plus commodes pour y fabriquer leurs ustensiles en silex.

Une observation de M, Reboux confirme cette explication : dans la partie inférieure des sablières de Levallois où se sont accumulés les silex les plus volumineux, il a constaté qu'on trouvait un grand nombre d'éclats portant la saillie bulbeuse produite par la percussion; c'était là, en effet, qu'on devait préparer les pièces en choisissant les blocs à tailler. Mais, comme on y était fort mal à l'aise, les pieds dans l'eau, on se retirait un peu en arrière, sur un sol plus élevé, pour finir la taille et détacher l'outil du nucléus. Les éclats se trouvent donc dans la partie basse des sablières; les ustensiles taillés, à un niveau un peu plus élevé du gravier de fond, rarement dans l'alluvion.

Les outils les mieux confectionnés étaient emportés, les plus grossiers sont restés surplace. Les belles pièces sont relativement rares, mais on trouve de très nombreux silex taillés dont il est impossible de comprendre l'usage et qui sont tout simplement des outils manqués. Au fur et à mesure que le fleuve abaissait son lit, il enfouissait ces ateliers sous l'alluvion (23, 37).

Cela étant admis, on voit pourquoi les silex taillés sont si rares dans les grèves calcaires de la Bourgogne et de la Champagne. On a dit qu'il s'en trouvait beaucoup sur les plateaux, mais les gravières ne pouvaient être des ateliers de fabrication, puisqu'elles ne renfermaient pas de matériaux siliceux.

Beaucoup de géologues pensent que les silex taillés recueillis à la surface du sol ou à une petite profondeur sont plus récents que ceux qui sont recueillis dans le gravier du fond des cours d'eau; d'après ce qui a été dit du travail d'abaissement des lits (23, 37), cela n'est rigoureusement démontré que si les deux pièces ont été trouvées dans la même ligne verticale.

Cependant, en général, dans le lit des anciens cours d'eau, l'alluvion sépare les outils de l'âge de la pierre polie et ceux de l'âge de la pierre taillée ; mais celte séparation n'est point absolue, puisque des silex ont pu être taillés ou perdus au dessus des berges, hors du lit, tandis que d'autres étaient fabriqués en basses eaux dans le lit même. Les silex polis se trouvent rarement dans l'alluvion; jamais, jusqu'ici, on n'en a recueilli dans le gravier de fond1.

(1) M. Reboux possède douze haches polies qui, d'après la déclaration des ouvriers, auraient été trouvées à plusieurs mètres au-dessous du sol dans l'alluvion ; mais M. Reboux n'a pas vu ces objets en place.



http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58187693/f308
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il y a longtemps, j'avais trouvé ceci


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30260/f3
Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences - Tome soixante-neuvième - juillet-décembre 1869

Pages 1260 et 1261 puis page 1290 et 1437 a écrit:
PALÉONTOLOGIE.

Recherches archéopaléontologiques par M. J. Reboux.

« J'ai commencé en 1850, des recherches dans les terrains quaternaires de Paris; j'ai pu réunir un très grand nombre d'instruments fabriqués par la main de l'homme; j'en ai trouvé dans quarante-neuf carrières. Ces instruments, de différentes matières affectent des formes nombreuses et très variées. J'ai pu en compter jusqu'à vingt-trois bien distinctes, telles que couteaux, grattoirs, pointes de lances ou javelots, racloirs, haches, perçoirs, marteaux, lissoirs, coins, scies, doloirs, ciseaux, poinçons.

Pour fabriquer tous ces instruments, trouvés à partir de 12 mètres de profondeur jusqu'à la surface du sol, il a fallu un temps considérable.
Il y a trois époques bien distinctes :

1 - La pierre éclatée, époque oolithique qui peut correspondre à l'Ours des cavernes;
2 - La pierre taillée ou mésolithique, correspondant à l'époque du Renne;
3 - La pierre polie ou néolithique, correspondant à l'époque des Dolmens.

On est tenté de croire que c'est l'oeuvre de plusieurs races d'hommes.

D'après quelques essais que j'ai faits, ces peuples primitifs emmanchaient leurs instruments dans des branches de bois, qu'ils fixaient ensuite avec des intestins d'animaux.

Pour confirmer la contemporanéité des grands animaux qui vécurent en même temps que les hommes qui fabriquèrent ces instruments des deux premières catégories de la pierre, j'ai trouvé mêlés, dans les différentes couches du diluvium, les animaux suivants :
- L'Elephas Anticus.
...
-Le Felis Spelsea.

Les terrains quaternaires ont dû mettre bien longtemps pour se former; le creusement des vallées a du suivre de très près l'époque pliocène.

Les premiers instruments qui gisent sur le sol sous-jacent (la craie) sont mêlés aux débris du Trogontherium et de l'Halitherinm, qui vivaient à l'époque tertiaire. Toutes ces couches horizontales, de constitutions très diverses, se composent de sable, cailloux, gravier, argile, silex, glaise; différentes roches, telles que meulière, grès, caillasse ou meulière compacte, granit, une quantité de coquilles des terrains secondaires, tertiaires et quaternaires, oxyde de fer, peroxyde de manganèse, pyrite ferrugineuse, et une quantité de bois silicifié. Les dernières couches, les plus récentes, sont les moins connues.

Le diluvium rouge, qui recouvre une partie de la France, est probablement le produit d'une boue glaciaire. »

Page 1290 :

La Note présentée par M. Reboux dans la séance précédente, sur des « recherches archéopaléontologiques », est renvoyée à l'examen de la Section de Minéralogie et Géologie.

Page 1437 :

REBOUX : Recherches archéopaléontologiques........................pages 1260 et 1290

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30260/f1262 et http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30260/f1263
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Nous trouvons dans ce texte le début des recherches : 1850!!!! mais en 1851 il nous écrit que cela fait plusieurs années qu'il fouilles les carrières de Levallois.









A l'exposition universelle de 1855 M Watelet a exposé des haches de type StAcheul du gisement de Coeuvres
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