Roger Dutilleul et son neveu Jean Masurel

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Roger Dutilleul et son neveu Jean Masurel

Message  Ulysse92 le Dim 8 Jan 2012 - 19:29

Il n'y a pas eu que des allemands (Uhde) ou des américains (Stein) pour découvrir nos peintres, il y a eu par exemple Roger Dutilleul et son neveu Jean Masurel.


Roger Dutilleul (1873- 1956)

C'est d'abord un rentier aux moyens somme toute modestes. En ce début du XXe siècle, le jeune bourgeois parisien, conseiller référendaire à la Cour des comptes et administrateur de sociétés, vit dans la maison familiale de la plaine Monceau avec son frère, lui aussi célibataire. Il y vivra toute sa vie.

(On pense à Gertrude Stein Wink )





Dufy - illustration de G. Appollinaire - Bestiaire d'Orphée - La mouche


Maurice Utrillo - Notre-Dame de Paris - 1908


Maurice Utrillo - l'Église Saint-Pierre de Montmartre - 1912

Maurice Utrillo - Théâtre de l'atelier sous la neige - 1916

Le décor est touffu comme le veut le goût du siècle précédent. Sur les murs, Corot, Courbet, Delacroix, Greuze, mais aussi Renoir et Sisley.

Roger Dutilleul entreprend sa collection dès 1905 auprès de grands marchands tels que Ambroise Vollard, Daniel-Henry Kahnweiler et Léonce Rosenberg.
Cézanne le révolutionnaire et les fauves sont déjà hors de sa portée.


Van Dongen - Portrait de Khanweiler, 1907
Sa frustration d'acheteur conduit Dutilleul chez un nouveau galeriste, plus jeune que lui, un certain Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979). C’est ce dernier qui joue un rôle décisif dans l’évolution de son goût.



Braque

Braque
Chez Kahnweiler, rue Vignon (VIIIe), l'amateur en éveil guidé par son instinct découvre les peintres cubistes : Georges Braque et Pablo Picasso, alors presque inconnus, et dès 1908 il achète leurs toiles.



Picasso - Tête de femme - 1906


Picasso - Le bock - 1909

Disposant de moyens modestes et désirant suivre l’évolution des courants artistiques d’avant-garde, il est amené périodiquement à se séparer de certaines de ses œuvres pour pouvoir acquérir des œuvres d’artistes nouveaux, ce qui explique, par exemple, la faible représentation du fauvisme dans la donation, Roger Dutilleul ayant vendu ses œuvres fauves, à partir de 1908, pour acheter des toiles cubistes.

L’absence au sein de la collection de certains artistes importants, comme Henri Matisse et Juan Gris, est liée au choix personnel de cet amateur. Bien que féru de peinture cubiste, il n’appréciait pas l’art de Juan Gris, le trouvant trop sec, trop professoral et calculé. De même, l’œuvre de Matisse ne suscitait pas en lui d’émotion esthétique.

Cette émotion, d’autres artistes la lui procureront et il les soutiendra fidèlement : Amedeo Modigliani à qui il achète régulièrement des œuvres, Fernand Léger qu’il découvre vers 1919 et surtout André Lanskoy dont il est le mécène presque unique pendant des années.



Fernand Léger - Femme couchée, 1913
Puis Fernand Léger.

Fernand Léger - Paysage - 1914





Puis Modigliani (presque 30 oeuvres, dont une sublime Tête de femme sculptée dans le marbre en 1913 et Nu assis à la chemise, huile de 1917).

Tête de femme au chapeau

Jeune Fille Assise, Les Cheveux Dénoués (Jeune Fille en bleu)


Modigliani - Viking Eggeling


Modigliani - Maternité - 1919




Lanskoy - Famille rose - 1938-40
Il remarque en revanche, à la galerie Bing, un jeune peintre russe, André Lanskoy (1902-1976), qui a étudié à Saint- Pétersbourg et à Kiev. Il deviendra son mécène exclusif avant que Lanskoy ne se lance dans l'abstraction et rejoigne en 1928 la galerie Louis Carré. «Peignez, petit!» lui enjoint Dutilleul. Il possède bientôt des centaines de toiles de son protégé, ne revend rien, fait des cadeaux à ses proches.

Lanskoy - Dutilleul dans son intérieur - 1931



André Derain - Parc des carrières - 1909
Puis André Derain




Van Dongen - Femme lippue - vers 1909
Les goûts de cet autodidacte sont arrêtés, personnels. Son coeur balance de la retenue des formes et des couleurs éteintes du cubisme à la figure humaine, intensifiée par la palette expressionniste de Kees VanDongen .

Dutilleul était dépourvu de sectarisme ; il aimait avant tout que l’artiste exprime à travers sa peinture des sentiments et une véritable spontanéité. C’est pourquoi le caractère sincère de la peinture naïve le touchait ; O’Brady, Vivin et André Bauchant figurent ainsi en bonne place dans la collection.


Gertrude O'Brady - Le bateau lavoir

Louis Vivin - Le Trianon


André Bauchant - 1927



Roger de LA FRESNAYE - Soldat fumant, 1919, aquarelle sur papier.(acquis en 1943)


Roger Toulouse, peintre en 1948 a écrit:
Anecdote sur Roger Dutilleul:

"En 1948, Gaston Diehl a décidé de faire circuler l’exposition dans différentes villes de France pour faire découvrir l’art contemporain. Roger Toulouse lui propose de faire venir l’exposition à Orléans (il la fera venir une autre année). Pierre Chevallier lui suggère de compléter l’exposition par quelques œuvres d’artistes reconnus importants. Consulté, Gaston Diehl conseille à Roger Toulouse d’aller voir Roger Dutilleul, célèbre et grand collectionneur parisien, afin de lui demander de prêter quelques œuvres. Quand Roger Dutilleul le reçoit, celui-ci porte un tablier de jardinier, avec une grande poche sur le devant contenant des outils : tenailles, marteau, pitons, etc. Il est en train d’accrocher des tableaux dans son appartement. Celui-ci est bourré d’œuvres d’art signées des plus grands noms de la peinture contemporaine. Très simplement, il propose à Roger Toulouse de choisir et d’emporter ce qu’il souhaite : « Prenez tout ce que vous voulez ! » lui dit-il. A son retour, Roger raconte à son épouse que les murs étaient couverts de toiles, et qu’il y en avait, par manque de place, même dans la salle de bains, et jusque dans la baignoire !

Le grand collectionneur prêtait très facilement ses œuvres, et à cette époque on ne parlait pas d’assurance… Roger Toulouse ne prend qu’un seul des Picasso qu’il voit ; en effet, il sait pouvoir compter sur trois œuvres de l’artiste qui se trouvent dans une collection proche d’Orléans. Il repart avec seulement quatre peintures sous les bras, car il ne peut en porter plus, il est seul, et doit voyager par le train, mais les œuvres sont de premier plan : une Composition de Braque – une Composition de Léger – un Portrait de Kisling par Modigliani, et une Nature morte de Picasso. Il est inimaginable actuellement de se promener avec quatre œuvres de cette importance sous les bras sans précautions particulières.





Jean Masurel (1908- 1991)

Sans enfants, Roger Dutilleul se lie, dans les années 1930, avec son neveu Jean Masurel (1908- 1991), fils de sa soeur et d'un grand négociant en laine de Roubaix, l'aîné de cinq enfants. Venu à Paris passer son bac, le jeune homme étudie dans l'appartement de la plaine Monceau envahi de toiles et d'achats superposés. Ce fils de famille fortuné est touché par la collectionnite aiguë de son oncle. C'est lui qui achètera l'Homme nu assis de Picasso, 1908-1909, le trésor du LaM raccroché en majesté.
(notons qu'il ne l'a acheté qu'au moins vingt ans après sa création...)

Jean Masurel et Picasso



C'est à lui que Dutilleul lègue sa collection à sa mort en 1956. Sauf son propre portrait par Modigliani qu'il donne à une autre branche de la famille (présent dans le nouvel accrochage).

Jean Masurel apportera sa touche à l'édifice: Kandinsky, Klee, Miro au plus abstrait, le Calder des années 1960, de Staël, Buffet…

Paul Klee - Figure, le soir - 1935

Nicolas De Staël - Composition sur fond gris, 1943

Miro - Trois personnages sur fond noir, 29 mai, 1934


Jules Pascin


Kandinsky - Composition 1928


Miro

Avec l'engagement social des grandes familles catholiques du Nord, il décida, avec son épouse Geneviève, de donner en 1979 sa collection de 219 oeuvres à la communauté urbaine. Le futur musée LAM de Villeneuve d'Ascq était doté.






C'est Dutilleul le grand collectionneur mais c'est Masurel le grand donateur qui a été décoré par Jack Lang!

Je lui suis reconnaissant d'avoir su acheter :

André Bauchant - Le Styx, 1939
(Oeuvre à mon avis géniale par son inventivité)


(Informations fournies par Sophie Lévy, directrice-conservatrice du LaM, et lues dans l'article de Valérie Duponchelle du Figaro: http://www.lefigaro.fr/culture/2010/09/24/03004-20100924ARTFIG00444-lam-la-passion-en-heritage.php mais la recherche iconographique restait à faire)
Autres sources :


Ce parcours sur la toile ne remplacera pas une vraie visite au LaM...
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